MASSE 1st ACT
MASSE 2nd ACT
MASSE 2nd ACT
MASSE 2nd ACT
MASSE CRITIQUE IN JAPAN

[…] l’image affirme une frontalité, une planéité, un cadrage resserré qui place le spectateur au plus près de la matière dans ses aspects physiques et temporels. Dans tous ces cas, il s’agit de capter, de capturer l’effet du temps, d’une durée mesurable sur la transformation d’un état à un autre de matières, de choses, d’objets lourdement marqués d’un point de vue symbolique. Masse Critique expose d’une manière très littérale le dispositif de l’expérience : le cercle d’un microscope constitue une lunette de visée sur une surface de lumière où est déposé goutte à goutte, à l’aide d’une pipette de chimiste, un liquide qui peu à peu dessine un territoire, la carte d’un pays minuscule, jusqu’à ce qu’il recouvre la surface du cercle, le monde lilliputien. « Je me suis aperçue que souvent en élaborant un projet j’agis sans le vouloir comme un “laborantin”, j’expérimente, je fais des essais, des tests » explique l’artiste.
Et en effet, il y a bien des réminiscences scientifiques dans Masse Critique dont le titre même correspond à la quantité minimale nécessaire d’un produit radioactif (plutonium ou uranium) pour qu’une réaction en chaîne se déclenche spontanément. Pour cette pièce, Éve Koeppel utilise la vidéo pour la première fois, et elle l’utilise comme une machine à voir, à voir mieux que ce que l’œil nu ne peut distinguer ; elle lui permet d’observer le monde à la loupe, dans le silence de l’attention, le silence de la matière. La vidéo affirme ici sa fonction de visibilité en suppléant aux déficiences de l’appareil optique naturel ; la vidéo, machine à voir, nous rapproche du microcosme (la goutte) et nous en fait sentir les correspondances avec le macrocosme (la carte géographique).

Françoise Parfait, Extrait du texte : "Le laboratoire des métamorphoses"